FSER : le gaspillage
(oui, j'ambitionne de me faire engager à Voici comme rédacteur de couverture lol )
Le petit monde des radios associatives est en ébullition aujourd'hui : des sénateurs voudraient réformer le mode d'attribution des subventions du FSER !
Celui-ci existe depuis le milieu des années 80, et finance les radios associatives dont la part de la publicité dans le budget est inférieure à 20 % (dites radios de catégorie "A"). Cette aide est variable, et fonction des autres recettes et dépenses. Selon certains critères, une radio peut toucher des majorations, c'est-à-dire voir augmenter le montant de la subvention par rapport au montant fixé par le budget de la radio. Par exemple, si une radio a un budget de 50.000 €, elle touche 36.000 € du FSER. Si elle réalise en plus des actions éducatives et culturelles, par exemple, elle pourra toucher une majoration de quelques pourcents (voire quelques dizaines de pourcents).
Les critères retenus pour les majorations sont :
- Les efforts de la radio pour diversifier ses ressources (donc pour dégager des recettes autres que ce que le FSER lui verse) ;
- La formation des salariés ;
- Les actions éducatives et culturelles ;
- Les efforts dans le domaine de la CSP et de l'intégration.
Il y a peu, la commission des finances du Sénat, sur proposition de Claude Belot (UMP-Charente-Maritime), rapporteur spécial pour les crédits aux médias, a proposé de modifier cette stratégie d'octroi "quasi-automatique" des subventions :
les subventions devraient être orientées vers des aides à projets
il conviendrait de mieux mesurer l'audience des radios locales associatives, conformément à l'esprit de la LOLF
le plafond de 20 % de ressources publicitaires pour bénéficier des aides pourrait être rehaussé, afin d'encourager la diversification des ressources des radios locales
Bien évidemment, les radios associatives, proclamées "en danger", poussent des cris d'orfraie. Et pourquoi donc ?
- parce que nous ne sommes pas là pour "vendre [...] des parts de cerveau humain disponible" (je cite - très original) ;
- parce que "les mesures d'audiences ne s'appliquent pas aux associatives" (je résume) ;
- parce que "la pub sayleumal" (je caricature).
Voire.
La citation de M. Le Lay : chacun choisit son camp, personnellement je suis plutôt pour ne pas prendre l'auditeur pour de la viande. Ceci dit, je comprends et respecte le point de vue de M. Le Lay. TF1 ne fait pas de l'hypnotisme pour nous vider le cerveau ; et quand on regarde TF1 on sait à quoi on s'expose - de la pub. Ce n'est pas à TF1 de changer, c'est au téléspectateur de se responsabiliser ! Nous ne sommes pas pieds et poings liés devant notre poste de télévision, il me semble !
L'argument des mesures d'audiences qui ne s'appliqueraient pas aux associatives, on l'entend à longueur de journée. Surtout pour justifier les piètres résultats de celles-ci aux sondages Médiamétrie. Ces derniers utilisent d'ailleurs cet argument pour proposer aux associatives des "sondages adaptés", faits je ne sais plus trop comment, mais à un prix exorbitant - bien sûr - et avec une méthode qui de toutes façons augmente l'audience de tout le monde, associatives comme commerciales.
Médiamétrie a des défauts. Médiamétrie, par exemple, a du mal à compter de manière fiable l'audience des radios en zone rurale, car il faut qu'il y ait suffisament de gens pour faire un sondage. Médiamétrie pratique des tarifs assez dissuasifs.
Mais l'audience d'une radio associative a un sens. Les radios associatives ont pour buts (entre autres) de favoriser la communication entre les milieux socio-culturels, de favoriser la communication sociale, etc etc etc. A quoi sert une radio parfaite, qui cherche à faire communiquer les gens... si personne ne l'écoute ? A rien.
Ce n'est pas parce qu'on est un radio associative qu'on ne devrait pas avoir des obligations de résultats. Moins fortes que pour les commerciales, étant donné qu'on est financés par l'Etat, mais suffisantes pour motiver les radios à avoir un peu d'audience - quelques milliers d'auditeurs journaliers ne sont pas si difficiles que ça à gagner.
Il faudrait également sortir de cette conception de la radio comme un média de rendez-vous : on n'est plus au temps de la TSF où toute la famille écoutait religieusement l'Emission, où l'on mangeait à telle heure pour ne pas manquer l'Emission. On est dans des médias de flux, et les gens vont et viennent. Ils n'attendent pas impatiemment l'heure de notre émission.
Le deuxième point qu'il faudrait assimiler est que ce n'est pas parce qu'on pose un émetteur que l'on a des auditeurs. La radio, ce n'est pas magique. Les auditeurs sont des gens comme vous et moi. Et en plus, le RDS n'intègre pas encore de fonctionnalité pour signaler que telle ou telle station captée est une associative. Alors, nécessairement, les gens ont les mêmes exigences envers nous qu'envers une autre radio, de service public ou commerciale. Cela ne veut pas dire que nous devons nous aligner sur celles-ci : nous devons simplement avoir avec nous-mêmes des exigences de qualité et d'écoutabilité. Du style éviter la minute 50 de "générique" pour une émission.
Je ne préconise pas les statistiques (Médiamétrie ou autres) comme juge d'attribution d'une subvention. Bien sûr que non. Mais que ce genre de sondages rentre en ligne de compte pour le calcul du montant de la subvention, oui : au final ça permettra d'améliorer la qualité des radios existantes, qui auront une certaine obligation de résultats.
Bien sûr, certaines radios ne peuvent pas être jugées par leur audience, car celle-ci est nécessairement limitée : c'est le cas des radios visant une cible précise, comme par exemple Radio A à Valence qui vise (pour autant que je sache) la communauté arménienne de Valence et de la Drôme en général. Un autre chiffre peut rentrer ici en ligne de compte : le taux de pénétration. En admettant que les X auditeurs de la station fassent partie de la cible visée, on peut dénombrer les personnes composant cette cible (N). On obtient donc un taux de pénétration = X/N.
Je le répète, cela ne devrait pas être le critère principal d'appréciation d'une demande de subvention.
On peut également reprendre le troisième argument : la pub est le mal incarné. Il semblerait en effet que la pub soit l'ennemie de la radio associative, pour une raison encore inconnue. Je n'aime pas spécialement, c'est vrai, un "tunnel" de pub de 5 à 8 minutes sur une antenne, commerciale ou non. Mais de la pub à faible dose, pourquoi pas ? Des pubs Google AdSense sur un site Web gratuit, ça ne me dérange pas. Des bandeaux envahissants sur des sites hébergés par Lycos ou équivalents, c'est chiant.
La pub n'est pas l'ennemie de l'antenne, elle est par contre un excellent complément financier ! Et nous sommes évalués par le FSER, aujourd'hui, et depuis longtemps, sur nos capacités à diversifier nos ressources financières... Je trouve assez illogique que ceux qui refusent de faire de la pub par idéologie (pardon de ce mot, mais il me semble convenir, et ne porte pas nécessairement de jugement) crient au scandale lorsque l'on diminue les ressources desquelles ils vivaient.
Car la seule raison qui n'est pas invoquée pour s'opposer à cette proposition, c'est que le FSER est la source de financement principale de la majorité des radios A (et la mienne la première). Je reconnais que Pytagor a vécu pendant 10 ans en grosse partie sur les subventions accordées par le FSER. Mais pour faire quoi ? Une audience frisant le ridicule (0), des contenus inécoutables, une direction d'antenne centralisatrice et bornée...
Où en est-on aujourd'hui ? Pytagor cherche à élargir son audience, et à "faire de la pub" (à faible dose), car je pense qu'il est nécessaire pour atteindre notre but - la communication sociale de proximité, et la participation au développement local - que nos infos locales et nos programmes en général soient écoutés. Pas forcément par 10.000 auditeurs quotidiens, mais néanmoins par suffisamment de personnes pour que les messages que nous diffusons, qui sont l'écho de la vie de notre région, atteignent leur but : les gens de notre région.
Je suis donc pour une prise en compte de l'audience, ou de chiffres liés à celle-ci dans le calcul de la subvention du FSER. Même si je sais parfaitement que Pytagor serait morte et enterrée à l'heure actuelle si ce système était effectif depuis le début. Je suis pour l'augmentation du plafond publicitaire (même si cela fera grincer des dents voire hurler de nombreuses commerciales qui subventionneront ainsi des concurrents potentiels !).
Et s'il y a un truc qui m'énerve aujourd'hui, ce sont bien les cris d'orfraie que poussent les radios associatives quand on veut toucher au FSER. Je ne peux m'empêcher de tiquer quand je lis :
Le tiers secteur audiovisuel ne veut pas être livré aux commerçants et aux financiers.
Je ne fais pas partie d'un "tiers secteur", je fais de la radio. Associative peut-être, mais pas si différente des autres. Surtout pour l'auditeur lambda.
Le refus de la publicité n'est pas une lubie d'opérateurs marginaux, c'est un véritable choix éthique.
On voit presque l'orateur se draper dans sa dignité. Trop de beaux mots dans une seule phrase.
Je ne refuse pas la publicité. J'ai par contre horreur des généralisations hâtives, surtout quand elles ont trait à mes choix, ou ceux de ma radio en général.
Si on veut améliorer la pluralité de l'offre dans l'univers médiatique, il faut renforcer le tiers secteur et donc renforcer sa capacité à échapper à l'étreinte commerciale.
(Lettre d'Infonet n°21, reçue par mail aujourd'hui à 11h)
Si je suis d'accord sur le but (améliorer la pluralité), je ne suis pas d'accord sur les moyens : premièrement à cause de l'expression "tiers secteur" dont j'ai parlé plus haut, et deuxièmement parce que je ne pense pas que le côté commercial d'une radio soit enragé, donc que je pense qu'on peut le maîtriser et s'en servir pour arriver à nos fins (élargir l'offre pour développer la pluralité).
Je suis très certainement violent dans mes propos, mais ce genre de choses m'énerve. Je m'excuse par avance auprès des personnes que j'aurais pu blesser, ce n'était pas volontaire 

Commentaires
1. Le mardi 28 mars 2006 à 13:52, par Nicolas44
2. Le mardi 28 mars 2006 à 15:40, par balbinus
3. Le vendredi 31 mars 2006 à 04:50, par cece
4. Le vendredi 31 mars 2006 à 07:24, par balbinus
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